La bourse ou la vie (I)
La bourse ou la vie (II)
P-A. Chanoz
Pas d'autre commentaire !!!
C'est là que je vais chaque semaine raconter 2 ou 3 histoires, contes traditionnels, randonnée ou étiologique, devant un public attentif. J'y suis reconnu, accueilli, écouté pendant une vingtaine de minutes.
Chacun manifeste à sa façon son contentement : un silence d'ange remplace ses râles permanents, ses yeux brillent comme ceux d'un enfant, son sourire béat ne s'éteint pas lorsque je me tais, ses mains applaudissent silencieusement.
Et moi je ne sais plus comment partir, comment les quitter, jusqu'à la semaine prochaine.
Qui fait l'expérience ? Qui profite le plus ? Qui a le plus besoin ? De connaitre autre chose, d'être ailleurs, pendant un instant.
On passe son temps à planifier -à tempter de planifier- son temps, pour avoir le temps de faire tout dans les temps. Et pourtemps, le temps est immobile, rien d'autre qu'un concept valué pour caractériser notre mouvement, notre dynamique, nos accélérations, nos arrêts –est-ce que le temps peut s'arrêter ?-.
On ne voit pas le temps passer, c'est sûr !
Temps mort !
Deuxième voyage pendant le gouvernement islamiste. Se méfier des barbus, surtout des barbus qui se sont rasé … la barbe! US GO HOME gravé sur le mur dans le plus grand hotel de touristes américains de Teheran. Les voiles, les femmes en noir, longue robe cachant leurs jeans délavés. Le palais d'été du shah devenu musée, pour démontrer les frasques ruineuses de l'ancien président. Le musée des tapis à Teheran, magnifique et hors du monde.

Silence ! Quelques instants.
Tu l'as entendue maintes fois à la radio, parfois vue à la télé, régulièrement lu son nom dans les pages de tes journaux. Tu connais sa voix, tu adores sa voix. Tu ne sais rien d'elle, ni la couleur de ses yeux, ni la rondeur de ses formes. Rien de son look vestimentaire, de ses habitudes, de ses manies, de ses envies. Tu ignores ce qu'elle aime manger, boire, écouter, regarder. La même musique que toi ? Les mêmes lectures, les mêmes goûts culturels ou artistiques ou sportifs ou ... ?


Et là, tapis autour des chemins, au plus profond des grands bois,
le Géant Jardinier, créateur des montagnes et des lacs,
la fée Parisette qui n'aime pas la foret et rêve d'habiter une grande ville pleine de fumée, de déchets et de pollution,
les fées du matin qui se lavent dans la rosée recueillie par les plantes et gardent ainsi leur éternelle jeunesse,
les oiseaux qui questionnent la rivière sur son grand voyage jusqu'à la mer,
le petit poisson du lac qui mangea tellement qu'il cacha le soleil.
Et puis dans le Grand Pré, transformée en cour de récréation, cinquante petits elfes, fées et lutins qui s'ébattent à grand bruit, qui turbulent et qui virevoltent.
Qui s'éparpillent lors du départ au travail, je veux dire du départ aux ateliers nature.
Qui trainent les pieds, épuisés comme les nains sortant de la mine, lorqu'ils reviennent au chalet.
Pour se transformer en cinquante ogres affamés et dévorants qui font vibrer le Grand Réfectoire.
Qui hurlent, piaillent, rient, mais pleurent aussi parfois.
Qui traversent en tous sens le dortoir, déguisés en tounu, une espèce peu connue du petit peuple.
Mais ...
Qui réclament les calins de leur maman dès la tombée de la nuit.
Qui s'inquiètent si on ferme trop la porte pour la nuit, qui réclament de voir la Petite Lumière.
Et qui s'écroulent finalement dans un sommeil sans cauchemar, puisqu'une tige de pissenlit –dent de lion- est glissée sous l'oreiller.
Cessez donc de vous morfondre dans le conditionnel passé ou le futur antérieur.
L'avenir commence demain,
au saut du lit.
Au milieu de la passerelle, nous sommes penchés sur l'eau.
Étincelante.
Le reflet reprend vie à chaque soupir du vent.
Lorsque l'onde s'apaise, ils sont jeunes, ils sont beaux.
Puis ils s'écoulent au fil du fleuve.
Au fil du temps.
Ils sont passés.
Jusqu'au prochain souffle.
Alors c'est vous le conteur ?
Eh bien, je ne vous voyais pas du tout comme ça.
Je voyais un monsieur très agé.
Vraiment vieux, si vous voyez ce que je veux dire.
Tout ridé, plutôt sec.
Le regard impénétrable, le sourire énigmatique !
Une grande barbe grise et broussailleuse.
Un long manteau usagé, marqué par les intempéries.
Un large chapeau noir, défraichi, impressionnant.
Un gros baton, au bois noueux et poli par le temps.
Et un sac de cuir, plein de … comme le votre, d'ailleurs !
Bon, ben, prenez place, l'important ce sont les histoires, pas vrai ? Oh moi, je ne reste pas ! Les contes c'est surtout pour les enfants !
Alors, je pénétrai dans la bibliothèque.
Je m'agenouillai face au demi-cercle des enfants.
J'extirpai de mon sac brindilles et morceaux de bois que j'avais ramassés sur le chemin.
Je positionnai tout cela avec soin devant moi.
Je sortis la boite d'allumettes de la poche de ma chemise.
Et j'allumai le feu sur la moquette qui recouvrait le plancher de la salle.
Une belle flambée qui s'embrasa rapidement, illuminant la bibliothèque.
Une belle flambée comme il faut,
pour raconter de belles histoires,
des histoires du soir, au coin du feu !
